Flamenco, Flamenco

Projection en avant-première européenne

Deux avis sur le film "Flamenco Flamenco" de Carlos Saura (2010, 1h30) qui a été projeté en avant-première européenne à la Maison des Arts de Créteil le 5 novembre 2010 en prélude au Festival "Danse & Cinéma" créé par "Las Españolas de Paris" et la danseuse Blanca Li.

Dans le cadre du Festival Danse et Cinéma présenté au Centre chorégraphique national de Créteil et du Val-de-Marne, le film de Carlos Saura « Flamenco, Flamenco » était présenté en avant-première en Europe. La danseuse Blanca Li, artiste associée, a présenté ce film.

Peut-on voir dans Flamenco, Flamenco, la suite du film mythique Flamenco (1995) ? Ce premier film se voulait comme un trait d’union entre le flamenco traditionnel et celui du moment ; rassembler dans un même film de grandes figures de cet art. Le caractère spontané de certaines scènes dominait.

Dans ce nouveau film, les aficionados ont retrouvé des figures connues du flamenco, déjà présentes dans le premier film : les guitaristes Paco de Lucia, Moraíto, Manoló Sanlucar, Tomatito. C’est sans doute la guitare qui était le trait d’union musical entre ces deux films. Certaines grandes figures présentes dans le premier film ont disparu depuis : La Paquera de Jerez ou Fernanda de Utrera.

De nouveaux artistes se sont imposés sur la scène flamenca : les danseurs Israel Galvan, Sara Baras, Farruquito, Eva la Yerbabuena, Rocio Molina, Patricia Guerrero, Nani Paños, Rafael Estevez, les pianistes Dorantes et Diego Amador, le guitariste Diego del Morao, les chanteurs José Mercé, José Valencia ou Arcangel, le chorégraphe Javier Latorre. Mais pour les aficionados certains de ces artistes étaient déjà reconnus lors du premier film, comme Israel Galvàn, et représentaient à cette époque une avant-garde à côté de laquelle Carlos Saura était peut-être passé. Ce film rend aussi hommage à un grand absent des deux films, Camarón de la Isla, qui a pourtant laissé une empreinte indélébile sur la musique et notamment le chant flamenco.

La technique et le style du flamenco ont évolué. Le flamenco a aussi emprunté aux musiques du monde de nouveaux instruments et sons. La danse s’est nourrie du contemporain. Elle est peut-être caractéristique du sentiment mitigé que l’on peut avoir après avoir vu ce film ; une technique parfaite, complète, mais qui laisse le spectateur envahi par un sentiment de froideur. C’est sans doute dans ces bulerías de Jerez, jouées, chantées, et dansées que l’on retrouve ce souffle vital qui nous fait aimer le flamenco.

Le lien entre les différentes scènes est difficile a décrypter mais ce film est construit comme une suite de tableaux, évoquant sans doute différentes étapes de la vie à travers les palos flamencos et les sentiments qui y sont liés ou qui viennent toucher l’âme humaine au cours d’une vie. La scénographie offrait l’occasion de rendre hommage à des peintres andalous, espagnols mais aussi étrangers dont les cadres servaient de toiles de fond, de scène, pour les prestations des différents protagonistes: Julio Romero de Torres (dont le célèbre Naranjas y limones), John Singer Sargent (El jaleo), George Owen ou Gustave Doré ; différents regards sur l’Andalousie, berceau du flamenco. De jolies affiches aux tons et dessins passés représentant des chanteuses de copla (Juanita Reina et Lola Flores) servaient de fond pour recréer une atmosphère de cabaret pour les coplas chantées par Miguel Poveda. Ces tableaux ainsi qu’une belle lumière du remarquable photographe Vittorio Storaro donnaient un caractère assez intimiste aux différentes scènes, une chaleur aussi.

Il reste comme une double image à la fin de ce film : cette opposition entre les décors de ce bâtiment à l’architecture moderne de l’espace de l’exposition universelle de Séville – le Pavillon du futur - et cet intérieur filmé avec ces tableaux qui renvoient au passé ; peut-être cette hésitation que nous laisse entrevoir le film de Carlos Saura entre un flamenco traditionnel et ses déclinaisons modernes.

Philippe Dedryver

"Flamenco Flamenco" était très attendu des aficionados. Après les canadiens qui ont eu la primeur outre-atlantique en octobre, ce sont les franciliens qui ont eu l'opportunité, grâce à l'initiative de Blanca Li dans le cadre du festival Danse & Cinéma, de découvrir en avant-première européenne la toute dernière oeuvre du cinéaste aragonais Carlos Saura le 5 novembre dernier à la Maison des Arts de Créteil.

Cet homme qui a tant fait pour la diffusion du flamenco à une époque où les films ne se découvraient que sur grand écran ou sur magnétoscope a voulu de nouveau rendre hommage à cet art à travers un second long métrage et par là-même contribuer à sa projection internationale.

Une communication très bien faîte - magnifique site Internet et trailer plus qu'appétissant - une distribution à faire pâlir n'importe quel programmateur de festival.... Et pourtant... cela n'a pas suffit à créer la magie escomptée suite au premier volet sur le thème en 1995.

La comparaison est inévitable puisque Saura tend la perche aux spectateurs en faisant régulièrement des rappels au premier épisode, forcément moins réussis. Dès le début, la reprise de la rumba "Verde que te quiero verde" de Manzanita a du plomb dans l'aile. "La Leyenda del tiempo", autre reprise dont l'original n'est lui pas présent dans le premier épisode, qui se voulait un hommage à Camaron, n'est pas mise en valeur par le cante de La Niña Pastori et les choeurs sans aire qui transforment le refrain en comptine enfantine, même si l'on voit poindre une grande nostalgie dans les yeux de Tomatito. Difficile de succéder à Camaron. Le jeune Manuel Fernandez Montoya "Carpeta" s'inscrit lui en revanche dans une totale continuité en succédant à son frère Farruquito. Sa prestation por Buleria est très réussie.

Ce qui pêche dans presque tous les tableaux - et cela est dû au nombre impressionnant de protagonistes en scène - est l'abus des cantes en choeurs et l'accumulation d'instruments. Par ailleurs le fait de ne montrer que la fin d'une Alegria (Sara Baras) ou d'une Solea (Eva La Yerbabuena) dénature la structure des palos.

Ce n'est pas tant la mise en scène - toujours aussi épurée que dans le premier épisode - qui dérange, mais plutôt le choix des artistes, dont l'interprétation reste discutable. Peut-être les artistes non pas du film mais du spectacle "Flamenco Hoy" représentaient-ils mieux cette nouvelle génération du flamenco que Carlos Saura souhaitait à priori montrer avec cette seconde oeuvre.

Du positif tout de même. La superbe mise en scène des pianos ouverts de Diego Amador et Dorantes face à face sur un parterre "échiquier", filmé en plongée, qui laisse découvrir le mouvement des cordes , la magnifique solea por buleria "Antonia" de Paco de Lucia complétée par le bon cante La Tana, la présence de nouveaux talents comme Patricia Guerrero ou la mexicaine Karen Lugo sur une chorégrahie de son mentor Javier Latorre, les authentiques Martinete et Tona de José Mercé, Saeta de Maria Bala et Bulerias de la gente de Jerez... Mais dans la balance c'est le négatif qui l'emporte et l'impression générale est assez décevante. Sans-doute est-ce dû aussi à l'immense attente générée par le film. Quand on attend trop de quelque chose ou de quelqu'un, on est souvent déçu. De plus ce film ne fait que confirmer ce que l'on savait déjà. Le flamenco sur disque et plus encore sur pellicule ce n'est pas ça... pour faire passer l'émotion, le direct est irremplaçable.

"Flamenco Flamenco" qui a depuis été présenté le 11 novembre dans le cadre du "Sevilla festival de Cine Europeo" sortira sur les écrans espagnols le 19 novembre.

Murielle Timsit


Philippe Dedryver et Murielle Timsit, le 05/11/2010


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