Master Class avec Israel Galván

Que du bonheur !

Israel Galván sera l'un des maestros du prochain festival Arte Flamenco de Mont-de-Marsan. L'occasion de revenir sur la master class que le danseur sévillan a donnée en octobre à l'Atelier de Paris Carolyn Carlson.

Master Class avec Israel Galvan

L'Atelier de Paris - Carolyn Carlson a été créé il y a 10 ans pour favoriser la formation professionnelle des danseurs contemporains. Du 18 au 22 octobre 2010, l'espace situé à la Cartoucherie a accueilli pour la première fois une master class de flamenco, avec le grand danseur Israel Galván. L'idée d'organiser une master class avec cet artiste qui mélange sa discipline d'origine et le contemporain vient de Carolyn Carlson et Anne Sauvage, qui ont eu un coup de coeur pour le danseur en le voyant danser sur la scène du Théâtre de la Ville et au Festival d'Avignon. Le vendredi après-midi, dernier jour du stage, l'atelier ouvrait ses portes au public, une très bonne initiative qui permit aux aficionados de découvrir la façon particulière de travailler de Galván.

En arrivant à la "Portes Ouvertes" comme on dit à l'atelier, c'est la surprise. Parmi les élèves qui suivent l'enseignement d'Israel il y a en effet peu de visages connus ; les stagiaires, toutes de sexe féminin, ne sont pas celles qui fréquentent habituellement les stages de niveau avancé/professionnel dispensés à Paris. On reconnaît quand-même des danseuses de bon niveau comme Sabrina Le Guen, Neige Scariot ou la finlandaise d'origine turque Aylin Bayaz et, bien sûr, la disciple inconditionnelle d'Israel Galván, Yalda Younes. L'autre motié des élèves semble en revanche venir de la danse contemporaine, en témoignent leurs silhouettes souples et élancées ainsi que leur rapport au sol.

Israel porte une jambière et... un short ! alors qu'il ne fait pas un temps sévillan, au contraire, puisqu'un froid glacial règne à l'extérieur. Mais avec 4h de danse par jour, l'atmosphère se réchauffe rapidement, d'autant que le maestro ne fait pas que danser, il chante aussi !

Un surplancher recouvert de tapis a été posé spécialement pour l'occasion, pour éviter que les clous des chaussures de flamenco n'abîment le sol de la salle et pour amortir les chocs.

Le martinete est marqué par le compas de la guitare électrique pliable du finlandais Raul Mannola, futur finaliste du Concurso de Arte Flamenco de Cordoba, qui étrennait sa nouvelle compagne ce jour-là. Cet accompagnement très original, très courant en danse contemporaine, a véritablement séduit l'auditoire flamenco. Les danseuses quittent ensuite leurs chaussures pour interpréter une solea por buleria beaucoup plus extravagante.

A la fin du stage, Israel Galván prend la parole pour expliquer que ses chorégraphies sont inspirées de Vicente Escudero et d'Antonio El Bailarin, dont les styles opposés - Antonio el Bailarin mettait beaucoup de hanches et de sauts dans son baile alors qu'Escudero était plus raide et figé - ont parfois surpris les stagiaires.

A l'issue de ces ving heures d'apprentissage avec le maestro sévillan, les participantes étaient absolument ravies, certaines visiblement très émues que cette expérience se termine, même s'il n'est pas exclu qu'Israel revienne donner une master class cette année. Voici leurs témoignages

- Sabrina Le Guen, bailaora

"Je me suis complètement ouverte à la danse contemporaine, parce que je suis dans le flamenco traditionnel et donc ça m'a donné une nouvelle vision du geste, ça m'a permis d'élargir mon vocabulaire par rapport à ce que je fais d'habitude, et d'entrer en relation avec pas mal de personnes du contemporain. Ca fait du bien de rencontrer de nouvelles personnes, de nouveaux visages, et de voir aussi leur approche, une nouvelle approche, parce qu'ils ont un corps différent, ils ont d'autres techniques, et donc c'est intéressant de voir leurs mouvements. Ca a été un stage magique dans le sens où Israel donne une énergie que personne ne transmet. Par exemple il nous a fait peindre un tableau, il nous a fait envoyer des bisous... en fait il raconte une histoire, ce ne sont pas seulement des pas, c'est une histoire qu'il faut raconter, donc ça m'a permis de voir aussi ce que je dois travailler en tant qu'artiste, ne pas travailler seulement des pas mais aussi des sensations, et c'est très important. Et puis c'est quelqu'un que j'ai adoré, c'est quelqu'un de fantastique."

- Yalda Younes, bailaora

"Je pense qu'il y a une seule phrase qui résume tout ça 'Je peux faire ça toute ma vie'. Tous les jours, rien que ça. C'est du bonheur, c'est du grand bonheur, une grande générosité, il y a de l'humour, de l'intelligence, de la technique, de l'inspiration, c'est absolument incroyable. Mon premier stage avec lui c'était en 2003 à Séville et depuis que je l'ai connu, je ne prends plus de cours avec d'autres, je n'y arrive pas. C'est personnel, chacun accroche à un style, mais je trouve que son art est incroyable, on a beaucoup de chance, nous avons énormément appris, c'était très intense".

Israel Galván a confié pour sa part que le lieu de la master class était très agréable et que le groupe d'élèves était difficile à gérer car il appartenait à deux tendances différentes, l'un au flamenco et l'autre à la danse contemporaine, mais que chacun avait appris des autres. "J'ai été surpris de la façon dont les contemporains assimilaient mes gestes, j'ai aimé la façon dont ils se les sont appropriés à leur manière."
Contrairement à sa soeur Pastora, Israel aime beaucoup enseigner : "Chaque fois que je donne un stage c'est comme si je recommençais à zéro."


Flamenco Culture, le 17/04/2011


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