Rocio Molina fait voler les pierres

Le Festival Flamenco au Théâtre de Chaillot a débuté avec une habituée, Rocio Molina. La jeune danseuse originaire de Malaga s'était déjà produite sur la scène du Théâtre Jean Vilar il y a trois ans dans le spectacle Mujeres, dans lequel elle avait triomphé aux côtés de Merche Esmeralda et Belen Maya.

©Julio Calvo

L'accueil réservé à "Cuando las piedras vuelen" fut lui beaucoup plus réservé. D'une part car une partie des spectateurs s'était rendue au spectacle de Fuensanta La Moneta qui avait lieu au même horaire, d'autre part car le spectacle de Rocio Molina était sensiblement éloigné du flamenco traditionnel avec une mise en scène pour le moins originale.

C'est au "Teatro La Laboral" de Gijón dans les Asturies que la "Rafael Nadal de la danse flamenca" - dixit Domingo Gonzalez, ex-directeur de la Biennale de Séville - a conçu "Cuando las piedras vuelen" en 2009. Depuis le spectacle a été présenté notamment à la Biennale de Séville et au Festival de Jerez, mais c'était la première en France. Et l'équipe a changé : à la guitare avec Paco Cruz, un nouveau venu dans la compagnie, Eduardo Trassiera, qui remplace désormais le très sollicité Rafael Rodriguez.

Nous retrouvons Rocio sur la gauche de la scène, allongée au sein d'un lit de pierres où la forme de la danseuse a été dessinée. Le cante de Gema Caballero et de la Tremendita berce la danseuse dont l'image est projetée sur le grand écran en fond de scène. Vêtue de simples sous-vêtements noirs, la danseuse se met à nu. Pourquoi cette tenue ? car Rocio souhaitait que pour une fois le spectateur puisse voir le mouvement de la chair durant un baile.

Elle se lève et prend son envol, tel un oisillon qui n'aurait pas encore de plumes, danse sur un petit tablao sur des rythmes syncopés, accompagnée des seules palmas de Vanesa Coloma et Laura Gonzalez, qui sont aussi de remarquables danseuses. Vanesa Coloma en fera la démonstration quelques jours plus tard lors de la fin de fiesta du spectacle de Manuel Liñan et Marco Flores. Les deux artistes réalisent aussi dans le spectacle un fabuleux numéro, zapateant sur les pierres avec leurs chaussures à la main.

Les guitares rejoignent Rocio, tandis que sur l'écran on voit des images de hiboux, animal nocturne et mélancolique qui se fond parfaitement dans la mise en scène réalisée par le dramaturge Carlos Marquerie, un des meilleurs de la spécialité.

Dans le mirabras et les cantinñas qui suivent, la danseuse pousse la difficulté jusqu'à danser dans un espace réduit à l'extrême, petit carré creusé dans un tablao en bois.

Les tableaux s'enchaînent - garrotin avec cigarette au bec, danse sur un tabouret - jusqu'à la partie la plus flamenca de la proposition, un baile por Tangos où Rocio Molina se consume d'énergie et d'inventivité.

Mais dans toutes les scènes, une constante : Le baile - ou plutôt la danse - de Rocio Molina est d'une précision extraordinaire. Chaque geste est décomposé, pensé, sensé, et le tout est exécuté à une vitesse phénoménale.

Le spectacle se termine en apothéose par la descente de dizaines d'ampoules accrochées à des fils en provenance du plafond, véritable rideau de lumière qui donne un effet onirique au tableau. Rocio Molina est de nouveau couverte d'or. Et avec son éventail, la belle imite à la perfection le bruissement des ailes d'un oiseau, qui s'envole déjà vers d'autres horizons.


Flamenco Culture, le 25/05/2011

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