Enclave Valencia

Une histoire de famille

Avec celui d'Agujetas, le concert de José et Anabel Valencia était sans doute le plus attendu. En effet, si José Valencia se produit régulièrement dans les compagnies de baile d'Eva Yerbabuena, Andrés Marin, Javier Baron et Joaquin Grilo, entre autres, il est beaucoup plus rare de pouvoir l'écouter en solo. Par ailleurs, le lebrijano jouit d'une popularité sans bornes à Mont-de-Marsan où il est présent chaque année depuis la première édition du festival. "Il fait partie de la famille, ça nous fait d'autant plus plaisir de l'accueillir ce soir", déclare Sandrine Rabassa à propos de celui qu'on appelait à l'époque Joselito de Lebrija.

La cerise sur le gâteau est la présence d'Anabel Valencia, la cousine du cantaor. Elle nous avait déjà impressionnés sur des vidéos de fêtes familiales, et plus encore l'an dernier lors de la Caracola Lebrijana - voir le reportage - où nous avions eu le privilège de la découvrir en vivo et de l'écouter deux soirs de suite, dans le spectacle Anca Paula, et le lendemain lors d'un concert de jeunes cantaores de Lebrija où elle sortait nettement du lot. Sa présence à Mont-de-Marsan était donc une heureuse surprise.

"Il y a une erreur dans le titre, au lieu de 'En clave Valencia' il faudrait plutôt dire 'Enclave Valencia" affirmait José Valencia le jour du spectacle, expliquant que cela représentait l'enclave de la famille Valencia de Lebrija, le lieu où elle vit ainsi que sa façon d'être et de chanter. C'est donc une partie de sa "casa cantaora" que la famille Valencia a amenée sur la scène du Café Cantante. Manuel Valencia, le frère de José, et le bailaor Juan Diego, le frère d'Anabel, sont là pour les accompagner aux palmas."On se sent plus à l'aise et plus serein sur scène en famille, on arrive à faire plus de choses", confie José Valencia. "La famille est un cocon protecteur dans lequel rien ne peut arriver, où l'on est en confiance, quel que soit l'endroit où l'on se trouve. La complicité y est aussi plus forte.". Mais pour José Valencia le public de Mont-de-Marsan est aussi sa famille, donc il se sent doublement protégé, "par la famille d'en haut, celle qui est sur scène, et par la famille d'en bas, celle qui est dans le public" dit-il. Dans un tel contexte, on ne peut donner que le meilleur de soi-même, et c'est ce qui s'est produit ce soir-là.

C'est le guitariste Juan Requena - "adopté" par la famille Valencia - qui a l'honneur d'ouvrir la soirée avec un très joli toque por Levante avant d'être rejoint par José Valencia qui poursuit par des cantes abandolaos. Anabel Valencia fait une brève apparition avec un premier cante, "Ay amor" qui laisse entrevoir au public de Mont-de-Marsan son tempérament de feu et la qualité de son cante. Quant à son cousin, il reste dans la famille des fandangos avant de revenir enfin à ses racines. Le micro-casque fait des siennes au début des soleares, ce qui gâche un peu notre plaisir, mais José, malgré le regard assassin qu'il lance à la régie, ne se laisse pas démonter et continue à chanter. Puis, petit tour de l'autre côté de l'Andalousie avec Taranto et Levantica magnifiquement interprétés. Mais où est passé le cante de Lebrija ? C'est Anabel qui nous le ramène en chantant por siguiriyas. Le public retient son souffle, c'est un grand moment d'émotion. Suivent Cantiñas de Pinini, et des Tonas interprétées par un José Valencia qui avec sa voix puissante donne tout, grandiose. Anabel se lance alors por bulerias de Lebrija, relayée au baile par Bobote, autre "adopté" du clan, qui se plaît à imiter le style d'Israel Galvan. Hilarant. Non, ce n'est pas encore terminé, il manque le fameux Romance de José Valencia, "Yo voy al campo solo, entre montañas y mares, voy a darle de comer a la mare de mi alma" où ce dernier surfe sur le compas. Allez, encore une petite buleria pour la route et on laisse la place à Farru !

Malgré la qualité du récital il faut toutefois souligner le manque de cohérence entre le titre du spectacle et le choix des cantes, nombre d'entre eux provenant d'Andalousie orientale. José Valencia explique qu'il a voulu privilégier les cantes oubliés, ceux qui figureront sur son album *. Il faut reconnaître qu'il n'a pas choisi la facilité. On aurait aussi apprécié un "mano a mano" entre les deux cousins qui se sont bornés à chanter séparément, mais le bilan de la soirée orchestrée par ces deux magnifiques voix est extrêmement positif.

* L'album de José Valencia, en préparation depuis plus de trois ans, devrait finalement sortir cette année.


Flamenco Culture, le 07/07/2011

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