José Maya

Latent est l'esprit ancestral du flamenco

Le bailaor José Maya, domicilié à Paris depuis 4 ans où il dispense régulièrement des cours de baile et maintenant de cante, nous parle de sa famille, sa vie à Paris, sa passion pour la peinture, le flamenco et l'importance du cante, et de son spectacle "Latent" qu'il présentera pour la première fois à Paris les 16 et 17 mai au théâtre Le Palace, avec comme artiste invitée Juana la Del Pipa. Intéressant entretien avec un artiste ouvert à toutes formes d'art et de disciplines dans lesquelles il puise ses références, et qui est conscient de l'influence de l'histoire sur le flamenco.


José tu viens d'une famille d'artistes, peux-tu nous parler ta famille, de l'héritage qu'ils t'ont transmis ?

J'ai la chance d'être né dans une famille d'artistes. Du côté paternel, mon père est écrivain, son frère mon oncle Antonio est un grand peintre espagnol, un peintre impressionnant. J'ai la chance aussi que son frère soit un peintre abstrait et mon oncle Pepe est directeur d'un théâtre. Donc je suis né dans une famille qui se consacre à l'art et n'a rien à voir avec le flamenco mais avec l'écriture, la peinture et le théâtre. Ensuite du côté maternel, je viens aussi d'une famille très représentative comme Rafael Romero El Gallina qui était mon oncle et l'un des grands maestros du cante flamenco. Il a aussi Gabriel Moreno qui est aussi l'un des grands maîtres du flamenco, et ensuite il y avait aussi ma tante Fernanda Romero qui fut une bailaora merveilleuse, qui fut la créatrice du Taranto, celle qui a inventé le Taranto, la première qui a dansé le Taranto. Par exemple dans un des derniers spectacles de Rocio Molina, elle rend hommage à ma tante Fernanda Romero, et La Farruca aussi. Ma tante Fernanda est la seule bailaora de ma famille. Les autres sont des artistes, mais dans un autre domaine. Alors moi je suis né au milieu de tout cela. Je viens aussi d'une famille d'antiquaires, ils se dédient aux antiquités, à l'achat et la revente de toiles du XVIème, XVIIème, XVIIIème siècle... donc je suis né dans une famille de gitans mais un peu spéciale.

Ils m'ont transmis cette passion, la discipline, la vision, la façon de voir les choses et de les sentir, et surtout une passion impressionnante pour l'art en général.

Aujourd'hui tu vis en France, tu donnes des cours de flamenco à Paris, depuis combien de temps es-tu ici et comment est né ce projet ?

J'ai toujours rêvé de venir vivre en France, la France a toujours représenté pour moi un pays très spécial, où on vécu les grands artistes du XIXème siècle, où sont passés tous les grands peintres... Je suis un grand aficionado à la peinture, une des choses que j'aime le plus est la peinture, donc j'ai toujours eu le souhait de vivre à Montmartre comme vivaient Degas, Picasso... tous ceux-là. Au début je suis venu pour ça, pour être proche de la culture, de la peinture. C'est une ville qui est très proche de mon pays, qui me permet d'être au centre de l'Europe. Je peux me déplacer avec beaucoup de facilité et très bien me nourrir culturellement, c'est une ville qui a beaucoup de possibilités dans l'art en général.

Le projet s'est concrétisé car je suis venu avec Tomatito au Festival de Chaillot et j'ai rencontré Cristina, elle m'a dit qu'elle avait beaucoup aimé ma façon de danser, alors je lui ai dit "Je veux vivre ici à Paris, organisons quelque chose". Elle avait déjà organisé quelques événements auparavant donc nous avons réfléchi à un projet et nous l'avons mis en oeuvre et poursuivi jusqu'à aujourd'hui, cela fait déjà quatre ans.

Comment vois-tu les élèves qui suivent tes cours ?

Je suis très impressionné par l'amour et la passion qu'ils ont pour le flamenco. J'ai eu la chance de beaucoup voyager, de danser dans des théâtres, des festivals, mais j'ai aussi donné beaucoup de cours et de stages, donc j'ai beaucoup de références en ce qui concerne les élèves des autres villes, la façon dont ils dansent... et ce que je vois ici à Paris, la différence c'est que, à part la passion pour le flamenco qui est quelque chose qui attrape les personnes de toutes nationalités, car c'est un sentiment commun que nous avons en nous mais qui est endormi, le flamenco est universel... ici je sens une éducation, une compréhension car il y a beaucoup d'aficion... d'ailleurs les grands cantaores de flamenco ont enregistré leurs disques ici, comme El Agujeta, Los Bacan. Paris a toujours été une ville qui aime le flamenco orthodoxe, même si elle est ouverte à d'autres tendances, elle aime le flamenco traditionnel. C'est une ville que je trouve merveilleuse et où les gens ont une grande connaissance du flamenco, beaucoup d'aficion.

Les 16 et 17 Mai prochains, tu vas présenter ton nouveau spectacle "Latent" au Théâtre le Palace à Paris, peux-tu nous parler ?

"Latente" comme on dit en espagnol, "Latent" en français, est une expression qui signifie quelque chose qui est en moi mais qui est endormi ou occulte, et qui de temps en temps se manifeste comme l'instinct, quelque chose dont on ne sait pas d'où ça vient, qui fait partie de moi, qui se révèle de temps en temps. C'est une recherche personnelle, intérieure, un chemin intime où je perçois la source de mon instinct. Dans ce spectacle j'ai la chance d'avoir à mes côtés une muse, un esprit qui m'attire pour trouver mes racines, pour trouver mon chemin. Ce rôle est tenu par Juana la Del Pipa, qui est pour moi une des grandes cantaoras à l'heure actuelle. Elle est flamenca à 100%, impossible de trouver plus flamenco. Donc moi dans ce spectacle je cherche quelque chose qui m'appelle, je ne sais pas d'où ça vient, et surgit cet esprit ancestral incarné par la Tia Juana la Del Pipa qui m'attrape et m'amène à retrouver mes racines, disons le flamenco le plus pur, le plus traditionnel. Il y a aussi Rubio de Pruna, cantaor qui a accompagné Paco de Lucia dans sa dernière tournée, El Perla, un guitariste qui a accompagné les grands artistes actuels du baile, Lucky Losada qui est mon percussionniste, mon bras droit, qui suit Tomatito depuis un certain temps. Je suis très content de pouvoir présenter ce spectacle à Paris car pour moi Paris est une ville merveilleuse. Je vais aussi le présenter à Madrid au Teatro Español, un théâtre très important - Ndlr : dans le cadre du Festival Suma Flamenca.

Donc c'est un spectacle simple, où je perçois la source de mon instinct inspiré par Juana la del Pipa et par le cante, qui pour moi est tellement important, c'est la source de mon inspiration et le plus important pour moi, le cante. La Juana la del Pipa, je l'écoute depuis que je suis tout petit, car ce qui m'intéresse le plus c'est le cante. Elle est passée dans tous les grands festivals et sur les grandes scène du monde... Elle appartient à l'une des familles les plus flamencas de Jerez, alors pour moi c'est une chance pour moi d'avoir dans mon spectacle Juana qui me chante por solea et por siguiriya, c'est un luxe pour moi, un honneur ! Je m'entoure toujours de cantaores qui m'inspirent car je danse à l'inspiration. Je peux avoir mes chorégraphies, quelques idées, quelques choses structurées, mais ce que j'aime le plus c'est fermer les yeux et danser. Il y a des jours où cela me réussit plus que d'autres, mais ce que je danse cela vient de mon inspiration, donc je pense toujours à faire appel aux grands cantaores.

Je vais danser por siguiriya, solea, buleria... et quelques surprises en plus que j'ai prévues que je ne souhaite pas encore dévoiler. Je suis vraiment content de pouvoir faire ce spectacle ici à Paris, accompagné de tous ces grands artistes qui seront avec moi.

J'essaye de faire au plus simple car pour moi le flamenco est suffisamment fort, il a déjà assez de force, il n'a pas besoin que l'on ajoute d'autres ingrédients. La guitare nue, le cante et un bon baile, avec un bon éclairage et un bon son, je crois que c'est suffisant.

Suite de la transcription en français bientôt en ligne

Flamenco Culture, le 12/04/2014


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